AgreenCulture conçoit des robots polyvalents pour une agriculture durable

Comment préparer des robots agricoles à l’aise sur tous les terrains et assez précis pour désherber les vignes ? Christophe Aubé, le CEO d’AgreenCulture, répond sans détour en avant-première du SIMA – le salon international des solutions et technologies pour une agriculture performante et durable – du 6 au 10 novembre 2022 à Paris Nord Villepinte.

L’essor du GPS européen, Galileo permet de réduire les coûts de l’agriculture verte, de créer des robots plus fiables et efficaces pour semer, désherber et analyser les plantations. Ingénieur aéronautique et fils d’agriculteur, Christophe Aubé est âgé de 34 ans. Le CEO d’AgreenCulture a démarré sa carrière en développant des logiciels au sein du groupe Safran. La Cop21, conférence sur les changements climatiques à Paris fin 2015, a créé un véritable électrochoc, l’invitant à mettre son savoir-faire au service des défis environnementaux de l’agriculture.

Quel est le coeur de métier d’AgreenCulture ?

Christophe Aubé : Nous sommes intégrateur système en robotique focalisé sur le milieu agricole, capables d’intervenir en logistique et aussi en environnement minier. Nous accompagnons les entreprises pour qu’elles puissent relever leurs défis d’automatisation tout en considérant une forte composante de sécurité. Notre essor rapide nous a conduits à recruter 55 salariés depuis notre création en 2016. A la fin 2022, notre chiffre d’affaires atteindra 2,4 millions d’euros. En 2017, nous avons levé 264 000 euros, un capital d’amorçage qui nous a permis de démontrer notre faculté à fournir un positionnement et un guidage très précis, nos produits phares étant le robot CEOL et l’AGCbox qui combine un récepteur GNSS certifié ASIL B, et la puissance de calcul d’un PC embarqué. Cela permet le passage d’outils agricoles garanti au centimètre, un guidage outdoor sûr et des échanges de données via les bus des machines mais aussi par les réseaux sans fil Wifi, Bluetooth LE, 4G et LoRa.

Quel est l’enjeu de l’automatisation pour l’agriculteur ?

Christophe Aube AGgreenCulture

Christophe Aubé : La société demande à présent aux agriculteurs de bannir ou a minima de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires et de suivre un modèle toujours plus respectueux de l’environnement. L’alternative aux produits herbicides est chronophage et consiste à désherber de façon mécanique, en passant des lames métalliques dans le sol. Tous les agriculteurs sont convaincus qu’il faut préserver l’environnement, mais on ne leur donne pas toujours les moyens d’y parvenir. Nous offrons aux roboticiens agricoles l’opportunité de développer rapidement des robots fiables pour les agriculteurs en utilisant notre solution qui est agnostique de la mécanique sur laquelle elle est installée.

A quels défis cette proposition de valeur se heurte-t-elle ?

Christophe Aubé : Les machines agricoles exigent une grande précision de positionnement sur le terrain. Grâce à un positionnement géographique très précis, nous permettons la conception de robots polyvalents, efficaces du semis de céréales jusqu’au désherbage des vignes, en passant par le phénotypage des cultures (Ndlr : l’examen automatique des fruits ou des céréales sur le terrain). Nos compétences en reconnaissance d’images et en IA contribuent à optimiser les rendements et à détecter des anomalies, en capturant une grande variété de données. Ces fonctions aident particulièrement les industriels focalisés sur les outils quand nous apportons la brique intelligence et robotique sécurisée.

Qui sont les premiers utilisateurs ?

Christophe Aubé : Les viticulteurs sont nos premiers utilisateurs, avec des missions variées selon les robots utilisés. Ils peuvent même profiter d’un œil expert capable de signaler le stress hydrique et de contrôler l’état sanitaire de la vigne via les systèmes visioniques intégrés aux robots. Nos solutions sont exposées au SIMA, du 6 au 10 novembre à Paris Nord Villepinte. En particulier, nous présentons une expérience utilisateur de déplacement virtuel dans une vigne numérisée afin de faire un tour de plaine numérique grâce aux simulations menées avec Dassault Systèmes.

Quels sont les bénéfices appréciés par vos clients ?

Christophe Aubé : On observe de nombreux bénéfices pour les agriculteurs, l’environnement et les consommateurs. Avec des machines compactes et légères, l’agriculteur maintient la biodiversité, la qualité des sols et l’écoulement d’eau. Il préserve aussi l’environnement en réduisant l’émission locale de gaz à effet de serre. Pour le consommateur de vins plus responsables, c’est la garantie d’apprécier des produits de qualité éco-responsables.
 
Combien de ventes prévoyez-vous d’ici à la fin 2023 ?  

Christophe Aubé : Nous comptons une centaine de boîtiers électroniques AGCBox en exploitation et nous en prévoyons trois fois plus d’ici à la fin 2023. Comme nous restons une entreprise fabless (sans moyen de production), nous travaillons avec des partenaires en France et en Europe pour la production et l’assemblage de boîtiers, de kits de robotisation de tracteurs et de sécurité. Le modèle économique est ajusté selon les demandes des partenaires. La partie hardware est achetée systématiquement avec des licences annuelles au démarrage ou à l’utilisation. Puis des abonnements liés aux options logicielles sont facturés selon le choix des agriculteurs.

Qui sont vos principaux partenaires technologiques et académiques ?  

Christophe Aubé : Nous travaillons notamment avec Eurecat à l’Université de Catalogne, Wageningen aux Pays-Bas, ou encore l’Université d’Athènes, et nous sommes impliqués actuellement dans quatre projets collaboratifs européens de R&D. Cette R&D nous permet de côtoyer l’état de l’art des technologies agricoles et de garder un temps d’avance. En France, une thèse en cours avec l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) nous rapproche de l’écosystème très dynamique en robotique agricole.

Auteur de l’article : la Rédaction

Journaliste et fondateur de l'agence éditoriale PulsEdit, Olivier Bouzereau développe la communauté open source OW2, des services et contenus pour les médias, événements et professionnels de la santé et des technologies numériques.